Marchés privés : après l’abondance, le temps de la sélection

Investir dans le capital investissement présente un risque de perte en capital et d'illiquidité.

Infrastructure, dette privée, buyout, secondaire : quatre marchés aux logiques différentes, une même tendance. La performance repose moins sur le levier et les multiples, davantage sur la sélection des actifs et des gérants.

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Après plusieurs années marquées par l'abondance des capitaux et des conditions de financement très favorables, les marchés privés évoluent dans un environnement plus exigeant. La collecte reste importante, mais plus concentrée. Les investisseurs sont davantage attentifs aux distributions. Et surtout, la performance repose moins qu'auparavant sur le levier financier ou la hausse des multiples de valorisation. Infrastructure, dette privée, buyout, secondaire : quatre marchés différents, mais une même tendance de fond se dessine. La sélection des actifs et des gérants redevient centrale.

Infrastructure : un intérêt toujours soutenu, mais des capitaux très concentrés

L'infrastructure a connu une année 2025 record, avec 220 milliards de dollars levés dans le monde selon Preqin, soit plus du double de 2024. Mais ces capitaux se concentrent sur un nombre restreint de très grands fonds.

Or cette concentration contraste avec la réalité du terrain : l'immense majorité des transactions porte sur des opérations de petite et moyenne taille. Sur ce segment, moins disputé par les grands fonds, les prix d'entrée sont historiquement plus bas et les leviers de création de valeur plus nombreux : développement des actifs, acquisitions, amélioration opérationnelle.

L'intérêt pour la classe d'actifs reste soutenu, notamment grâce à des besoins d'investissement structurels : transition énergétique, électrification, réseaux, transports ou infrastructures numériques. L'infrastructure bénéficie de tendances de très long terme, mais toutes les stratégies ne se valent pas. La taille des opérations, le prix d'entrée et la capacité du gérant à développer les actifs deviennent déterminants.

Dette privée : pourquoi l'Europe reste un marché attractif

La dette privée poursuit son développement et représente désormais environ 1 800 milliards de dollars d'encours dans le monde. Dans un contexte de retrait progressif des banques sur certains segments du financement des entreprises, la dette privée occupe une place croissante dans le financement de l'économie.

Cependant, les marchés présentent aujourd'hui des caractéristiques différentes selon les régions. L'Europe affiche notamment un profil de crédit différent du marché américain. Les taux de défaut y apparaissent actuellement plus contenus et les structures de financement globalement plus prudentes, avec notamment des niveaux d'endettement plus modérés et une contribution en fonds propres plus importante.

Enfin, le mid-market européen présente plusieurs caractéristiques spécifiques. Il peut offrir une rémunération supérieure à celle des opérations de grande taille, tout en s'inscrivant dans un marché profond et diversifié, porté notamment par les refinancements, les acquisitions complémentaires et les besoins de financement des entreprises.

À retenir : le marché européen combine aujourd'hui une croissance structurelle, des opportunités identifiées sur le mid-market et des caractéristiques de crédit intéressantes sur certains segments. Dans cet environnement, la qualité de la sélection reste essentielle.

Buyout : créer de la valeur autrement

C'est probablement sur le marché du buyout que le changement d'environnement est le plus visible. Pendant plusieurs années, une part importante de la performance a pu provenir de conditions de financement favorables et de la hausse des multiples de valorisation entre l'achat et la revente d'une entreprise. Cette mécanique est aujourd'hui beaucoup moins évidente.

Bain résume ce changement par une formule : « 12 is the new 5 ». Pour viser un multiple de 2,5x en cinq ans, une entreprise devrait désormais faire croître son EBITDA d'environ 10 à 12 % par an, contre 5 % en 2015. Autrement dit, les gérants doivent davantage créer de la valeur dans l'entreprise elle-même : croissance du chiffre d'affaires, amélioration des marges, acquisitions complémentaires, internationalisation ou transformation opérationnelle.

Dans ce contexte, le mid-market européen conserve un atout : des valorisations d'entrée plus modérées. Les fonds y ont payé en moyenne 10,2x l'EBITDA au deuxième trimestre 2026 (indice Argos), contre un multiple médian mondial du buyout de 11,8x en 2025 (McKinsey/PitchBook). Son tissu de PME et d'ETI se prête en outre aux stratégies de consolidation.

Autre évolution importante : les investisseurs regardent désormais davantage les distributions effectivement réalisées, et plus seulement les performances affichées.

Pour les gérants, l'enjeu est désormais d'acheter au bon prix et de transformer réellement leurs participations. Pour les investisseurs, les écarts de performance entre gérants restent très importants : la sélection du gérant devient déterminante.

Marché secondaire : bien plus qu'une solution de liquidité

Longtemps considéré comme un marché relativement spécialisé, le secondaire est devenu une composante à part entière du private equity. Son principe est simple : racheter des participations dans des fonds à des investisseurs souhaitant de la liquidité, ou des actifs déjà existants, plutôt que d'investir uniquement dans de nouveaux fonds. L'intérêt ? Accéder à des portefeuilles déjà constitués, souvent avec une décote, avec davantage de visibilité sur les actifs sous-jacents, et potentiellement raccourcir la durée d'investissement.

Le marché connaît depuis quelques années une croissance très importante, avec environ 120 milliards de dollars de transactions au seul premier semestre 2026, soit deux fois plus que ce qui était observé entre 2021 et 2023 et quatre fois le volume moyen de la période 2016-2020. Cette progression est notamment alimentée par les besoins de liquidité des investisseurs et accélérée par le développement des opérations initiées directement par les sociétés de gestion, notamment via les fonds de continuation.

Le secondaire n'est plus seulement une solution utilisée ponctuellement pour trouver de la liquidité. Il devient un véritable outil de construction et de gestion des portefeuilles de private equity, tant pour les investisseurs dans les fonds que pour les sociétés de gestion elles-mêmes. Les transactions secondaires à l'initiative des gérants de fonds représentent aujourd'hui la moitié des opérations secondaires en volume, contre environ un tiers jusqu'en 2019.

Un fort développement a par ailleurs été observé depuis un an sur les segments de la dette privée et des infrastructures, au-delà du seul private equity buyout, ce qui pourrait accélérer encore la croissance du marché secondaire sur une base d'actifs plus diversifiée.

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Infrastructure, dette privée, buyout et secondaire répondent à des logiques différentes, mais les évolutions récentes font apparaître un point commun. La période où l'environnement financier pouvait à lui seul porter une partie importante de la performance semble s'éloigner. Le prix d'entrée, la qualité des actifs, la capacité à créer de la valeur opérationnelle et la discipline du gérant reprennent une place centrale. Pour les investisseurs, cela renforce l'importance de la sélection des fonds et des sociétés de gestion, mais aussi de la diversification entre stratégies, zones géographiques et millésimes.

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Source marché secondaire : S1-2026: Evercore, Lazard, Setter Capital et UBS et pour les séries plus longues de volumes de transactions : Evercore